Occitanie : shit & collect, comment de la drogue est livrée à domicile en trois clics

  • Snapchat, le réseau social préféré des dealers.
    Snapchat, le réseau social préféré des dealers. Jean-Michel Mart
Publié le , mis à jour

ENQUÊTE - Publicité, commandes en lignes, cartes de fidélité… Face au confinement et à l’évolution des pratiques, les dealers ont su s’adapter. En face, les enquêteurs des Stups tentent d'en faire de même.

Le click and collect a le vent en poupe chez les petits commerçants. Et si votre libraire et votre restaurateur ont sauté le pas récemment, poussés par la crise du coronavirus, le dealer du coin de votre rue a, lui, fait cette démarche il y a déjà plusieurs mois voire plusieurs années. Peu à peu, le marché de la drogue se dématérialise et les commandes se passent désormais directement via des applications grand public.

VRP de la drogue et marché ultra-concurrentiel

Une tendance au centre du dernier rapport de l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies (OFDT) qui touche toute la France, notamment les grandes villes d’Occitanie. Les consommateurs raffolent de la méthode, réputée plus discrète et plus accessible. Nous avons voulu le vérifier.

Il suffit d’entrer le nom d’une ville d’Occitanie dans le réseau social Twitter pour prendre la mesure du phénomène. Des milliers de messages – publics - qui vantent le professionnalisme, la discrétion ou la rapidité de vendeurs faisant commerce de marchandises plus illégales les unes que les autres. Résine et herbe de cannabis principalement, champignons hallucinogènes, mais aussi cocaïne ou ecstasy, dont les dealers font la promotion à grand renfort de photos et de clips vidéo sur une plateforme utilisée chaque mois par 17 millions de Français.

De la publicité faite directement sur le réseau social Twitter.
De la publicité faite directement sur le réseau social Twitter. Capture d'écran - TWITTER

Twitter sert de vitrine. Mais pour entrer en contact avec ces VRP de la drogue en moins de cinq minutes, il faut basculer sur une autre application grand public et très prisée des jeunes : Snapchat. Nous décidons de nous faire passer pour un client novice habitant successivement Nîmes, Montpellier et Béziers. Quelques secondes après notre premier message, six dealers établissent le contact. Sur un marché ultra-concurrentiel – une trentaine de personnes tenteront de nous joindre en moins de 24 h – la réactivité est décisive.

Promos, cartes de fidélité et autres astuces commerciales

Bob l’éponge les yeux injectés de sang, Mario Bros un joint à la bouche, Homer Simpson et Mickey Mouse brandissant des feuilles de cannabis… Le tout imprimé sur des pochettes au papier brillant, épinglés sur le mur de l’unité de lutte contre les stupéfiants de la sûreté départementale de l’Hérault. Des prises de guerre pour Nicolas et ses collègues.

"C’est là-dedans qu’ils livrent la drogue. C’est joli, ça se collectionne donc c’est bon pour le business…". Pour se démarquer de la concurrence et fidéliser leur clientèle, les dealers ont adapté tous les codes du e-commerce traditionnel.

Carte de fidélité à l’effigie des cités, échantillons gratuits pour découvrir de nouvelles variétés, offres promotionnelles à l’occasion des soldes et du Black Friday… "On te garantit la livraison en moins de deux heures", nous proposeront plusieurs contacts. Amazon n’a qu’à bien se tenir !

 

Demandez le menu !

Le ton est cordial et le discours bien rodé. Et en commerciaux consciencieux, nos nouveaux contacts nous proposent rapidement un menu en bonne et due forme. Le plus fourni compte une vingtaine de références de cannabis, classées en deux catégories : les saveurs britanniques et les saveurs californiennes. "Blue dynamite", "Super Skunk", "Red dragon"… Des appellations énigmatiques pour les profanes qui renvoient en fait à l’origine géographique, aux taux de THC et aux effets supposés de chaque variété.

Le gramme est à 10 euros mais si vous voulez vous faire livrer à domicile, il faudra au moins en commander cinq. Comme chez tout bon commerçant, le tarif est ensuite dégressif. Le paiement se fait d’avance et en intégralité pour les petites commandes. "Si tu prends pour 600 euros ou plus, tu peux payer 50 % à la réception", nous précise un dealer, avant de nous détailler la marche à suivre.

"Pour des raisons de sécurité et d’anonymat, tu dois régler avec une carte prépayée pour ta première commande. Tu nous envoies le code et dès que c’est bon, on passe te livrer où tu veux. Ensuite si tu es clean, tu pourras régler en cash les prochaines fois." Ces cartes bancaires rechargeables, on les trouve en vente libre dans les bureaux de tabac. Le dealer nous explique qu’elles permettent de transférer des milliers d’euros en évitant les contrôles.

On passe te livrer où tu veux. Ensuite, si tu es clean, tu pourras régler en cash la prochaine fois

Notre expérience s’arrêtera là. La suite de la procédure, c’est le patron des "stups" de la Sûreté départementale de l’Hérault qui nous l’explique. "Généralement, ils proposent soit de venir récupérer la commande sur le point de deal, soit d’envoyer un livreur à domicile. Il vient à vélo, en voiture, en trottinette…" 

Pour contourner les restrictions de circulation liées au couvre-feu, et comme en témoigne une récente saisie à Montpellier, certains livreurs cachent même la marchandise dans les sacs très reconnaissables des coursiers à vélo, achetés sur Le Bon Coin. Une ingéniosité qui prêterait presque à sourire, si les règlements de comptes liés au trafic de drogue n’avaient pas fait les gros titres ces dernières semaines à Nîmes et Montpellier. Car le business est énorme. Selon les chiffres de l’Observatoire régional de la santé Occitanie, 18 millions de Français ont déjà expérimenté le cannabis.

Les commandes se passent via une application, en quelques minutes.
Les commandes se passent via une application, en quelques minutes. Midi Libre - CAPTURE D'ÉCRAN

"En face, des cyber-enquêteurs"

Nicolas, chef des “Stups” à la sûreté départementale de l’Hérault.

Comment avez-vous vu émerger ces nouveaux dealers ?
Les premiers signes que nous avons observés, ce sont des tags sur les points de deal qui renvoient directement à des comptes sur les réseaux sociaux. Mais ce ne sont pas à proprement parler des nouveaux dealers. Ce que l’on observe, notamment à Montpellier, c’est que chaque point de deal physique a créé sa boutique en ligne et son réseau de livraison. La méthode change, mais les dealers restent les mêmes.

Cela complique le travail des enquêteurs ?
Les voyous ont toujours une petite avance mais on s’adapte vite. Je ne peux pas détailler nos moyens d’enquête mais on a, en face, des cyber-enquêteurs qui surveillent les réseaux sociaux. On arrive à identifier ceux qui sont à la tête des comptes virtuels. Bien sûr, à la moindre alerte, le compte est fermé et un autre est ouvert…

Qui sont les livreurs ?
Les profils sont très divers. Certains sont intégrés au réseau, d’autres sont étudiants ou en manque d’argent. Sur les réseaux sociaux, vous trouvez même des annonces sur le mode : "Notre livreur s’est fait arrêter, cherchons remplaçant"

Est-ce que l’on parle d’une organisation nationale ?
Peut-être en région parisienne. Ce que nous constatons à Montpellier, c’est plutôt des petites structures rattachées à des points de deal déjà identifiés.

 

Un sac et des pochettes de transport saisis par les hommes des Stups à Montpellier.
Un sac et des pochettes de transport saisis par les hommes des Stups à Montpellier. Midi Libre - nicolas zarrouk


"Une accélération pendant le confinement et le couvre-feu"

Guillaume Sudérie est directeur de l’Observatoire régional de la santé Occitanie, basé à Toulouse.

Quel regard portez-vous sur ce nouveau marché de la drogue?

La vraie nouveauté à mon sens, c’est la livraison à domicile. C’est une évolution forte sur les trois dernières années, avec une accélération pendant le confinement et le couvre-feu. Selon nos observations, à Toulouse, la livraison à domicile a même pris le pas sur les zones de deal classiques. Ça, c’est vraiment nouveau.

Est-ce que cela change la donne en termes  de santé publique?

Pas fondamentalement. Ce qui change, c’est que ce n’est plus le consommateur qui prend le risque d’aller chercher du produit stupéfiant. Donc l’accès est encore un peu plus simple. Au début de la digitalisation du trafic, tout se passait sur le dark web. Accéder à cette partie cachée d’internet n’est pas à la portée de tous les consommateurs. Contrairement aux réseaux sociaux…

Ça veut dire que le nombre de consommateurs risque d’augmenter?

Pas forcément, surtout quand on parle de cannabis, qui est le principal stupéfiant proposé sur internet. C’est aujourd’hui un produit si répandu qu’il n’est pas difficile, même sans contact, de trouver un dealer pour se fournir. Qui vend du cannabis devant le collège? C’est le copain, le cousin… Il n’y a jamais eu autant de cannabis qui circule en France. La présence des dealers sur internet est spectaculaire sur la forme, mais ça ne va pas transformer radicalement le système. Et ça n’accélère pas l’accessibilité au cannabis, puisqu’il est déjà largement accessible…
 

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