"Une immense majorité de policiers formés qui savent se maîtriser"

  • Le criminologue dénonce des recrutements parfois accélérés. Le criminologue dénonce des recrutements parfois accélérés.
    Le criminologue dénonce des recrutements parfois accélérés. MAXPPP
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Le criminologue décrypte les rapports qui se sont tendus entre les policiers et le pays.

Comment rétablir le lien de confiance entre la police et sa population, et comment expliquer cette défiance ?

La défiance reste relative et globalement minoritaire, mais elle s’accroît et la relation avec les plus jeunes est durement atteinte. La police d’État, née de la volonté du maréchal Pétain d’en faire un outil centralisé de collaboration à sa main n’est pas encore devenue une police nationale. Par construction, elle protège les institutions d’abord, les citoyens ensuite. Ensuite, la culture de la confrontation entre l’État et la population est ancienne. Depuis les grandes Jacqueries de 1348, le rapport de force est le seul moyen reconnu de négocier. L’État ne connaît que le rapport de force et les rares tentatives pour faire évoluer les choses (sous Pierre Mendès-France ou Michel Rocard) ont été balayées par les conservatismes. Enfin, l’épisode "gilets jaunes", qui a vu des amateurs de la manifestation se heurter à des amateurs du maintien de l’ordre, a durablement marqué les esprits et parfois les corps. La violence vécue a transformé le regard de citoyens habituellement spectateurs devenus acteurs et parfois victimes. Tout cela a construit un ressentiment d’autant plus fort que CRS et gendarmes étaient devenus les derniers remparts d’un État affaibli et dont les dirigeants ne disposaient pas d’une forte expérience du régalien.

Après les dérives de quelques policiers sur des interpellations musclées et les dernières affaires, peut-on mettre en cause un problème de formation et d’encadrement ?

Sur le fond, il y a une immense majorité de policiers et de gendarmes honnêtes, formés et qui savent se maîtriser. Plus ils sont formés et spécialisés, moins ils sont mis en cause dans des exactions, des débordements ou des violences. On le voit très bien dans les procédures entamées par des citoyens devenus victimes durant les phases les plus intenses des "gilets jaunes". Le problème repose pour beaucoup dans des recrutements accélérés, surtout dans la police nationale, victime d’une gestion des ressources humaines à la petite semaine et d’un refus inexplicable d’investir dans des formations longues et qualifiantes tout au long de la carrière. L’inverse des choix de la gendarmerie nationale.

Confrontés à des phénomènes toujours plus radicaux, les policiers sont-ils suffisamment suivis pour y faire face ?

Il faut dire et redire à celles et ceux qui ont la critique facile que garder son calme après ne serait-ce qu’une heure d’insultes, de jets d’excréments, de boulons, de boules de pétanques, de cocktail Molotov, relève de l’exploit… Encore faut-il, pour y parvenir, être formé, entraîné et suivi. C’est le cas des CRS et des gendarmes mobiles. Ensuite, s’il est sain et nécessaire de dénoncer la violence ou le racisme de certains fonctionnaires de police, qui sont la honte d’une profession qu’ils prennent en otage, le fait que soient également agressés des pompiers, des facteurs, des infirmières ou des médecins, qui ne contrôlent pas les identités et ne tutoient pas les citoyens, indique que le problème dépasse largement la fonction de police. Et que pour pacifier un territoire, il faut être deux.

Midi Libre
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