Pourquoi Souleymane, 24 ans, un CDI en poche à Montpellier, risque d'être bientôt expulsé ?

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  • Souleymane est parti de Guinée en décembre 2017.
    Souleymane est parti de Guinée en décembre 2017. MIDI LIBRE - RICHARD DE HULLESSEN
Publié le , mis à jour

Souleymane Sow travaille en tant que boulanger depuis un an. Son employeur peine à trouver des salariés mais pour autant, le titre de séjour de ce jeune guinéen s’est vu refusé.

Souleymane a 24 ans. Après une enfance rythmée par les coups de son père et l’interdiction, par ce dernier, d’aller à l’école, il décide, en décembre 2017 de quitter sa Guinée natale pour un avenir meilleur.

"Mon père a deux femmes. Ma mère est sa première femme, il ne l’aime pas. Il ne m’aime pas non plus. Mes demi-frères pouvaient aller à l’école. Moi non. Toute ma jeunesse se résume à de la maltraitance", explique le jeune homme.

Sa décision de choisir la France comme destination s’est faite car "c’est le pays des droits de l’Homme. Je me suis dit que la France allait me protéger."

La volonté de s’en sortir

Le jeune homme affirme avoir mis les pieds sur le territoire en janvier 2019. Rapidement, il entre en contact avec des associations pour apprendre le français. Quasiment deux ans plus tard, la langue n’a pratiquement plus de secret pour lui. "Au début, je suivais un ou deux cours par semaine. Mais ce n’était pas assez pour moi, alors je me suis rapproché de plusieurs associations pour pouvoir en faire plus."

Dans le même temps, il rencontre Patrice, bénévole à l’association AHM (Association Humanitaire de Montpellier). Au détour d’une conversation, ce dernier demande à Souleymane ce qu’il souhaite faire comme métier. Il répond boulanger.

Patrice reviendra vers Souleymane pour lui parler d’un emploi au sein de la société Pain et partage à Fabrégues. "C’est compliqué d’aller à Fabrègues. Il n’y a pas de tramway, ou alors à Saint-Jean-de-Védas. Donc j’y allais à vélo au début. Ce n’était pas évident tout le temps surtout que c’est un travail de nuit. Aujourd’hui, j’ai pu passer mon BSR et acheter un scooter, c’est plus simple."

La motivation est telle que rien n’allait l’arrêter. "J’ai commencé par faire des stages, puis, en novembre 2019, j’ai effectué mon premier contrat d’insertion. Depuis le 1er décembre 2020, je suis en CDI."

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Son titre de séjour refusé

"Dans un premier temps, j’ai demandé l’asile. Ils ont refusé car les violences familiales ne rentrent pas dans le cadre du droit d’asile. Mais je ne comprends pas pourquoi mon titre de séjour, pour motif travail, n’est pas accepté alors que je travaille depuis un an et que j’ai un CDI."

"En plus, mon entreprise n’arrive pas à recruter à ce poste car il est difficile. Donc, si je dois retourner en Guinée, ce sera compliqué pour moi mais aussi pour eux." Contacter par Midi Libre, afin de connaître les raisons du refus de son titre de séjour, la préfecture n’a pas répondu. Malgré les difficultés, Souleymane continue d’espérer.

"Avec tout ça, je me sens mal. À chaque fois que je pense que ça va marcher, il se passe à nouveau quelque chose. Je suis fatigué mais je ne peux pas lâcher. Tant que je suis en vie, je vais me battre pour y arriver. J’ai peur de retourner en Guinée et de perdre tout ce que j’ai ici. Ma vie est France", conclut le jeune homme.

Sophie Mazas, avocate : "C’est de l’abattage"

Dans quel cas peut-on employer une personne étrangère sans titre de séjour ?

Le droit du travail d’un demandeur d’asile est strictement limité au cas où on ne trouve pas de Français (ou de personnes ayant un titre de séjour en France). C’est le cas pour l’emploi de Souleymane. Son employeur peut justifier qu’il ne trouvait personne. Le préfet n’a pas pris en compte cet élément.

Pourquoi le titre de séjour de Souleymane a été refusé ?

L’admission exceptionnelle au séjour semblerait logique quand un salarié rempli un besoin qui n’est pas rempli par les autres. La société française a besoin de lui. Mais devant les juridictions c’est devenu de l’abattage en chaîne. Il va falloir réussir à faire comprendre la spécificité de Souleymane.

Jusqu’à quand Souleymane peut-il travailler ?

Actuellement, il peut exercer jusqu’au 21 janvier 2021. Même si son titre de séjour a été refusé le 22 octobre dernier. Sa demande d’asile lui a été refusée le 28 avril, cette année. Le refus de cette dernière est en cours d’examen devant la Cour nationale du droit d’asile. C’est pour cela que la DIRECCTE a pu lui accorder des autorisations de travail. Si la CNDA n’a pas statué, un renouvellement de son autorisation pourra être demandé dans l’attente du rendu de la décision.

Thomas Valognes
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