L’Adejo à Nîmes distribue trois repas par jour : "Sans ça, je mourrais de faim"

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  • Philippe, Jean-Pierre et Thierry, aidés par l’Adejo, ont accepté de témoigner pour Midi Libre.
    Philippe, Jean-Pierre et Thierry, aidés par l’Adejo, ont accepté de témoigner pour Midi Libre. MIDI LIBRE - MiKAEL ANISSET
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Gros plan sur l’Accueil de jour qui, en période hivernale, offre quotidiennement trois repas chauds, mais pas seulement, aux personnes en grande précarité. Témoignages.

C’est l’une des particularités de l’Accueil de jour (Adejo) : ici, le public est plus âgé que dans d’autres structures d’aide aux personnes précaires. Plus de 40 ans de moyenne d’âge. "En ce moment, on reçoit même des gens qui ont jusqu’à 86 ans", constate Véronique Rigal, la cheffe de service de l’Adejo. Des êtres au chemin de vie souvent cabossé, SDF ou non, qui sont accueillis sans conditions, généralement "entre trois et six mois, avant qu’ils ne trouvent une solution".

Quel parcours les a menés jusqu’ici ? "Vous savez, glisse Thierry, 58 ans, normalement c’est un sujet qu’on n’aborde pas ici, même entre nous…" Depuis fin septembre, il y prend tous ses repas ; il y est même hébergé dans "l’abri de nuit" créé en 2011 (lire ci-dessous). "Avant, explique-t-il, je vivais chez une personne âgée dont je m’occupais. Quand elle a été placée en Ehpad, ses enfants m’ont mis à la rue, en un quart d’heure… La descente est très rapide !"

Dormir dehors, c’est le pire, c’est le plus dur

Il passe "quatre ou cinq nuits dehors" avant d’être orienté vers la rue Terraube par le 115. "Je m’en sors bien, glisse-t-il. Dormir dehors, c’est le pire, c’est le plus dur." Aidé par une assistante sociale, Thierry peut maintenant percevoir un RSA (560 € mensuels) et recherche un logement. "Ici, ce n’est qu’un passage, avant de retrouver une vie normale le plus vite possible."

Comme lui, Jean-Pierre, 64 ans, témoigne de sérieuses difficultés avec tout ce qui touche à l’administratif. Durant 20 années et jusqu’à récemment, il était hébergé dans un village proche de Nîmes par un ami, avec lequel il partageait tous les frais, "pour s’en sortir, en divisant tout par deux". Récemment, l’ami en question, victime d’un malaise cardiaque, est mort dans ses bras. "Son appartement a été mis en vente, j’ai eu un mois pour partir", raconte-t-il, ému.

Je n’aurais jamais imaginé me casser la figure comme ça, après tant d’années de travail. On pense que ça n’arrive qu’aux autres, mais non…

L’Adejo l’aide à se nourrir, au quotidien. À bénéficier de soins, pour sa vue défaillante notamment. Et à passer du RSA à la pension de retraite à laquelle il prétend, malgré des papiers "éparpillés". "J’ai travaillé 43 ans en boucherie, explique Jean-Pierre. Je n’aurais jamais imaginé me casser la figure comme ça, après tant d’années de travail. On pense que ça n’arrive qu’aux autres, mais non…"

Accès aux soins de santé

Philippe, lui, doit avoir recours à la distribution de repas depuis bientôt un an. Sa pension d’invalidité, 800 € par mois, ne lui suffit pas pour s’en sortir depuis "un malheur familial". "J’ai une solution d’hébergement, mais je n’ai pas assez de ressources pour me faire à manger, témoigne le sexagénaire. Je viens deux fois par jour, pour le petit-déjeuner et le déjeuner. Le soir, je ne mange pas. Mais sans ça, je mourrais de faim."

Il peut aussi bénéficier des Permanences d’accès aux soins de santé (PASS), sur place. "Mais surtout, je viens ici pour la chaleur humaine, souligne-t-il. On discute, entre nous, mais aussi avec le personnel, qui est disponible, à l’écoute. Aujourd’hui, pour moi, c’est comme une deuxième famille."

"C’est une richesse"

Lony, justement vit son second hiver comme agent d’accueil dans les locaux vétustes de l’Adejo. "On fait tout pour leur offrir un accueil qui soit chaleureux et un endroit où ils peuvent se poser un peu, pour souffler de leur quotidien, détaille le jeune homme, heureux d’aider ce public plutôt âgé. C’est une chance de pouvoir échanger avec les personnes qu’on accueille. Moi, je n’ai que 24 ans et, elles, ont beaucoup de vécu. Ce contact-là, c’est une richesse."

23 salariés en période hivernale

Durant le premier confinement, la distribution de repas chauds, à emporter, s’effectuait par la fenêtre. Pour le second (qui est tombé en période hivernale), l’Adejo a choisi de maintenir l’accueil habituel et sa salle du rez-de-chaussée ouverte.

Mais les activités ludiques (cuisine, lotos…) sont pour le moment annulées. "On distribue en moyenne 70 repas le midi, précise Véronique Rigal, cheffe de service. Mais parfois, cela peut monter jusqu’à 95 : on sait qu’on a davantage de monde en fin de mois par exemple." 

Une trentaine de petits-déjeuners, et autant de dîners, sont aussi offerts quotidiennement et préparés par les cuisinières de la structure, au nombre de six : souvent des personnes précaires ainsi réinsérées ou parfois bénévoles.

De manière générale, l’Adejo emploie 18 salariés, et jusqu’à 23 en période hivernale. Les denrées sont fournies en partie par la Banque alimentaire, le reste est acheté par l’association. Financé majoritairement par l’État via la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS), l’Adejo perçoit aussi des subventions du Département et de la mairie. Budget global, tous services confondus, pour l’année 2019 : 1,4 million d’€.

Mathieu LAGOUANÈRE
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