Cinéma : et si Chadwick Boseman recevait un Oscar posthume pour "Le Blues de Ma Rainey" ?

  • Outre un casting 5 étoiles, "Le Blues de Ma Rainey" profite d'une superbe musique de l'immense jazzman Branford Marsalis.
    Outre un casting 5 étoiles, "Le Blues de Ma Rainey" profite d'une superbe musique de l'immense jazzman Branford Marsalis. NETFLIX - David Lee
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Netflix diffuse à partir de vendredi 18 décembre, Le Blues de Ma Rainey, l’ultime film de Chadwick Boseman, devenu une icône pop pour son rôle dans Black Panther et décédé au mois d’août d’un cancer. La performance du comédien est époustouflante dans ce film adapté d’une pièce du dramaturge américain August Wilson.

L’annonce de son décès avait fait l’effet d’une bombe : le 28 août dernier, Chadwick Boseman, alias Black Panther dans la série de films de super-héros au succès phénoménal, mourrait à 43 ans, des suites d'un cancer du côlon déclaré quatre ans plus tôt. Il n’en avait rien dit, subissant dans le plus grand secret des opérations et des chimiothérapies entre les tournages. On avait certes noté qu’il avait un peu maigri mais on mettait cela sur le compte de l’arrêt du régime alimentaire et sportif nécessaire au rôle de super-héros qui avait fait de lui une icône pop culturelle mais aussi un héros afro-américain. 

Spéculations autour de sa nomination

Après Da 5 bloods, de Spike Lee, diffusé sur Netflix depuis le mois de juin, Le Blues de Ma Rainey de George C. Wolfe nous offre de le retrouver… et de regretter encore sa disparition prématurée. La performance de Chadwick Boseman y est tellement époustouflante que les médias américains spéculent déjà sur sa nomination pour l’Oscar du meilleur acteur et à y être, sa victoire à titre posthume.

Derrière ce film, il y a le grand dramaturge et prix Pulitzer August Wilson (1945-2005) dont  l’œuvre maîtresse, le Pittsburgh Cycle, raconte la condition des Noirs aux États-Unis au XXe siècle, à raison d’une pièce par décennie. Devenu une icône artistique du mouvement Black Lives Matter, Wilson a déjà été adapté au cinéma par Denzel Washington (Fences ,en 2017) que l’on retrouve ici en qualité de producteur de Ma Rainey’s Black Bottom. La pièce est la seule du cycle à ne pas se situer à Pittsburgh mais à Chicago pour précisément témoigner de la condition des artistes noirs dans le nord du pays et la façon dont l’industrie musicale les traitait. En outre, l’œuvre s’inspire de l’histoire vraie de Gertruce Ma Rainey, une authentique pionnière du blues dans les années 20, qui grava plus d’une centaine de chansons et signa quelques classiques absolus comme See See Rider Blues.

Aux racines du blues et de "Black lives matter"

Le film raconte une difficile séance d’enregistrement en studio pendant un été caniculaire. Incarnée avec autorité par la surpuissante comédienne Viola Davis, celle qu’on surnomme "La mère du blues" doit se bagarrer avec son manager et son producteur (blancs) pour imposer sa vision artistique, mais aussi ses divers caprices de diva mal embouchée. Elle doit aussi maîtriser les envies de révolution de son jeune trompettiste Levee (Chadwick Boseman) qui rêve d’arrangements plus modernes, électrisants et dansants. Passée un super prologue dans un junk joint au cœur de la nature sudiste puis une scène de concert en cabaret, l’intégralité du film se déroule dans les locaux du studio, entre le sous-sol où les musiciens répètent et se reposent, et la salle d’enregistrement proprement dite. Un huis clos qui nous rappelle un peu trop souvent pour son bien, la source théâtrale du métrage, mais la forme, rutilante et nerveuse, et le fond, chargé et prenant, font tout passer.

Préférer la version originale

Version originale obligatoire pour apprécier la splendeur concernée des joutes verbales et des monologues qui évoquent la condition afro-américaine, le passé esclavagiste, le présent ségrégationniste, le racisme systémique, la tentation de la soumission, la nécessité de l’émancipation, les rêves de confort et de fortune… Malgré le niveau collectif impressionnant du casting, et l’abattage volontiers ostentatoire de Viola Davis, c’est Chadwick Boseman qui focalise toute l’attention, et bouleverse, par son charisme, son élégance et son groove, et pour deux moments d’une intensité douloureuse au cours desquels son personnage explique la nature de sa relation avec les blancs et s’en prend au silence de Dieu. S’il n’est pas dans notre pouvoir de lui donner un Oscar posthume, mais on lui offre sans hésiter notre émotion. Et notre blues...  

JEREMY BERNEDE
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Les commentaires (1)
Endorelavieille Il y a 1 mois Le 17/12/2020 à 14:29

Acteur admirable,un surdoué ! il aurait pu faire une grande carrière !!!