Athlétisme : "Je fais un sport que j’adore et je suis payé pour ça", les confidences de Kevin Mayer

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  • "Au-delà des minima olympiques, je viens aussi chercher du plaisir"
    "Au-delà des minima olympiques, je viens aussi chercher du plaisir" PHOTO KEVIN MAYER
Publié le , mis à jour

Le Montpelliérain participe à partir de ce vendredi au meeting de La Réunion. Il vise la performance requise et qualificative pour les Jeux Olympiques, l’été prochain, à Tokyo. Rencontre.

Comment avez-vous vécu cette année 2020 ?

Je l’ai très bien vécue. Franchement, je ne suis pas le plus malheureux, je fais un sport que j’adore, je suis payé pour ça. J’ai continué à m’entraîner comme un taré, plus que jamais, pour toujours progresser. Je crois que l’on a mis des choses en place qui pourraient, dans un futur plus ou moins lointain, créer d’énormes performances. Finalement, j’étais triste pour les autres mais content pour moi. Il y avait moins de médias, moins de déplacements. Je pouvais me concentrer sur moi-même, c’est peut-être pour ça que je me suis mieux entraîné.

Un mot sur votre collaboration avec Alexandre Bonacorsi, votre nouvel entraîneur ?

Alexandre, à la base, c’est un peu mon grand frère dans l’athlétisme. Il a deux ans de plus (28 ans contre 30). Quand je suis arrivé en club, il était meilleur que moi. On s’est entraînés ensemble pendant deux, trois ans. C’est vraiment lui qui m’a donné le goût de toutes ces disciplines, notamment les haies et la hauteur qu’il pratiquait. Le fait de le retrouver à l’entraînement, j’ai l’impression que ça ne change pas grand-chose. Bertrand (Valcin, l’ancien coach de Mayer) a été parfait. Il l’a aidé, lui a dit ce qu’il faisait et qu’aurait pu oublier Alexandre. Le relais s’est bien passé. Ensemble, on a l’impression de ne pas travailler mais ça bosse. C’est l’objectif de vie pour tout le monde.

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— Kevin MAYER (@mayer_deca) December 16, 2020

"On a beau aimer le décathlon, on sait qu’on va en chier"

Et avec Jérôme Simian, votre préparateur physique ?

Il a accepté ce nouveau projet lui aussi et j’en suis ravi. Il avait encore beaucoup de choses à m’apporter. Il est plus investi. Maintenant, on va voir si j’arrive à les appliquer. C’est la première compétition dans cette nouvelle configuration. Tout ne sera pas bien, c’est sûr et certain.

Comment vous sentez-vous à quelques heures du meeting de La Réunion, où vous venez chercher votre qualification olympique ?

Ça va un petit peu mieux depuis deux jours. Je sens que cela remonte (l’énergie). La semaine qui précède une compétition, j’ai des sentiments corporels particuliers, avec cette boule au ventre. On a beau aimer le décathlon, on sait qu’on va en chier. C’est inéluctable. On ne fait pas un déca sans en chier. Forcément, il y a une appréhension.

Son record du monde

La dernière fois que Kevin Mayer a fini un décathlon, c’était le 16 septembre 2018. Il avait alors battu de 81 points le record du monde détenu depuis 2015 par l’Américain Ashton Eaton avec un score de 9 126 points. Ce week-end-là, quelques semaines seulement après une élimination prématurée à Berlin lors des Championnats d’Europe, le Montpelliérain avait multiplié les performances dans toutes les épreuves ; 10” 55 sur 100 m, 7,80 m à la longueur, 16 m au poids, 2,05 m à la hauteur, 48” 42 sur le 400 m, 13” 75 sur le 110 m haies, 50,54 m au disque, 5,45 m à la perche, 71,90 m au javelot et enfin 4’36”11 sur le 1 500 m. Du grand art.

Vous êtes l’inspirateur de ce projet de décathlon de La Réunion. Quatre mois après, êtes-vous satisfait ?

Je n’ai rien fait, j’ai simplement eu l’idée. Après, beaucoup de gens ont œuvré. Est-ce que je suis satisfait ? Oui. Tout a été mis en place pour que je puisse m’entraîner normalement. La compétition ? On verra bien mais j’ai l’impression, là aussi, que tout est prêt pour que ce soit parfait. Je peux m’avancer en disant que tout va bien se passer.

Au-delà de la qualification olympique, venez-vous chercher autre chose durant ce week-end ?

Du plaisir. Je suis à La Réunion avec les potes. C’est le dernier décathlon de Gaël Querin avec qui j’ai disputé mes premiers championnats. C’est quelque chose de très particulier pour moi. Ça va être sympa. Il faut que je passe au-delà de la pression de la qualification olympique. J’aimerais aussi récupérer la meilleure performance mondiale de l’année (8 364 points). 14 points au-dessus des minima.

"Par rapport à 2018, je suis le même compétiteur avec plus d'envie"

Regrettez-vous l’absence de nombreux athlètes étrangers ?

Je donne tellement ma vie sur les JO ou les Mondiaux que franchement, si je peux faire un déca en étant un peu tranquille sans les arrière-pensées d’un grand championnat, en m’éclatant, ça ne me dérange pas du tout. Mais attention, il y a de la concurrence. À chaque épreuve, il y en aura un pour qui ce sera le point fort. Chaque fois, l’adversité sera là. C’est largement suffisant.

C’est un décathlon entre potes en quelque sorte…

C’est ça. Je leur ai un peu forcé la main (rires). Je suis vraiment content qu’on puisse se retrouver. J’ai envie de créer des liens avec tous ceux qui vont notamment s’arrêter après ça. Chaque décathlon est une histoire, on vit toujours des moments forts. Peu importe qui est là.

"J'ai énormément progressé"

Comment jugez-vous le Kevin Mayer d’aujourd’hui par rapport à celui recordman du monde, en 2018, à Talence.

C’est le même compétiteur avec plus d’envie. Cette année, il y a quand même eu beaucoup de frustration avec l’annulation des championnats. Mais il n’y a pas photo, je sais que j’ai énormément progressé, j’ai beaucoup bossé. Je n’arrivais plus à sauter en longueur ou en hauteur à l’entraînement. Là, j’ai pu recommencer en réglant ma technique. J’ai pratiqué, pratiqué… C’est d’ailleurs pour cela que je me suis fait mal début août. La forme est-elle là ? On a quand même calmé le jeu depuis notre arrivée à La Réunion.

Toutes ces blessures sont-elles derrière vous ?

Je suis décathlonien. Il y a donc toujours quelque chose qui ne va pas. Mon tendon d’Achille, lui, va beaucoup mieux, je gère. Même si on a beaucoup de mal à faire partir cette douleur.

Votre abandon à Doha, lors des Mondiaux 2019, c’était déjà le tendon d’Achille…

Je suis beaucoup plus confiant qu’à Doha. Au Qatar, je me levais le matin, c’était… Demain, si ça me fait trop mal, je ne prendrai pas de risques. On ira chercher les minima ailleurs. Mais les tests sont là, normalement, ça doit tenir un décathlon.

Treize sur la ligne de départ

Ils seront finalement treize, ce vendredi matin à partir de 9 h (trois heures de moins en métropole), sur la piste du Stade olympique de Saint-Paul, à prendre le départ du 100 m du décathlon de La Réunion. Avec un objectif en tête : les 8 350 points, minima pour les JO de Tokyo l’été prochain.

En l’absence de nombreux athlètes étrangers, allemands notamment, qui n’ont pas pu faire le voyage en raison de la pandémie de Covid-19, le gros des troupes est constitué des les meilleurs décathloniens français. À commencer bien sûr par Kevin Mayer, le recordman du monde (9 126 points).

Derrière la locomotive, il faudra garder un œil sur le champion de France en titre Axel Hubert, auteur d’une performance de premier choix en 2020 (8 260 points). Le Montpelliérain Gletty Makenson, annoncé très haut depuis longtemps, à condition qu’il arrive enfin à gérer ses émotions, tentera lui aussi de briller.

Outre le 100 m, les décathloniens enchaîneront la longueur, le poids, le saut en hauteur et le 400 m pour clôturer la journée (20 h). Parallèlement à ce décathlon, huit femmes participeront à l’heptathlon.


BIO EXPRESS

Né le 10 février 1992 à Argenteuil (28 ans).
Taille : 1,85 m.
Poids : 82 kg.
Palmarès : champion du monde cadets en 2009, champion du monde juniors en 2010, champion du monde seniors en 2017 (Londres). Recordman du monde du décathlon en 2018 à Talence (9 126 points). Médaillé d’argent lors des Jeux Olympiques de Rio.
S’entraîne à Montpellier depuis dix ans et porte désormais les couleurs du club héraultais.
Il est entraîné par Alexandre Bonacorsi et Jérôme Simian.
N’a plus terminé un décathlon depuis 2018.

De La Réunion, Dominique Mercadier
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Les commentaires (3)
Torquemada s Il y a 1 mois Le 18/12/2020 à 09:42

Chapeau bas maestro qui fait briller l'étoile de la France et de Montpellier dans une des disciplines de l’athlétisme des plus exigeantes.

do Il y a 1 mois Le 18/12/2020 à 07:21

Parole de grand mère ... un beau « petit « 

GRrespectNoToRacism Il y a 1 mois Le 17/12/2020 à 21:40

j'ymé un gauche il s'allonge comme à tout @céneuneudreneuneu.
Respect Kevin,les autres ,R..