Le Monde - 13 septembre 2008
Le député (UMP) Pierre Lellouche, rapporteur avec le député (PS) François Lamy de la mission parlementaire chargée d’évaluer l’opération militaire française en Afghanistan et la stratégie de l’OTAN, doit se rendre, fin septembre, à Kaboul, après le débat sur l’Afghanistan le 22 septembre à l’Assemblée nationale.
• Que pensez-vous de l’émotion suscitée par la mort de dix soldats français tombés dans une embuscade des talibans en Afghanistan le 18 août ?
Le reproche que l’on peut faire aux autorités politiques et militaires françaises, c’est de ne pas avoir clarifié la présence de notre pays en Afghanistan. Contrairement à ce qu’affirme le ministre de la défense Hervé Morin, c’est une guerre, et non une opération de police internationale. Notre mission entend justement faire oeuvre de pédagogie.
• Estimez-vous que la stratégie de l’OTAN en Afghanistan est un échec ?
C’est un échec puisque la guerre s’amplifie dans ce pays. Sur le plan militaire, il y a un problème de commandement. On en recense trois actuellement, l’OTAN, la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) et l’opération américaine "Liberté immuable". De plus, cette coalition est trompeuse. Nombre de pays sont en fait des poids morts car ils ont posé beaucoup de restriction à leur action dans le pays. Il existe 93 restrictions d’emplois qui vont de l’interdiction faite à leur troupe de sortir des camps après 18 heures ou d’aller dans les zones où les combats sont les plus virulents. Sur le plan civil, on peut se demander pourquoi la reconstruction n’a pas fonctionné. Il y a un défaut d’organisation et d’efficacité, voire une gabegie inacceptable. Où sont passés les 20 milliards de dollars réunis en juin à la conférence de Paris pour l’Afghanistan ?
• Que faut-il faire pour changer la donne ?
Déjà, il faut parler sans tabou de la corruption, du problème de la drogue. On a réussi à fabriquer le premier narco-Etat de la planète financé par l’argent du contribuable de l’OTAN. Sur le terrain politique afghan, l’idéal serait sans doute de créer une confédération à la mode suisse qui réunirait les principales ethnies. En tout cas, il est évident qu’il faut réintégrer les talibans les plus fréquentables dans le jeu politique afghan.
• Que pensez-vous de la décision des Etats-Unis d’étendre la guerre sur le sol du Pakistan sans l’avis de ce pays ?
Cela peut-être un tournant dans la région. Il faut très vite que les pays, dont la France, qui prennent des risques en Afghanistan soient consultés sur ces choix stratégiques et ses conséquences pour l’avenir du Pakistan. Il ne faut pas que Bush allume, un mois avant de partir, un incendie que l’on ne pourra pas éteindre après.
Propos recueillis par J. Fo.
Article paru dans l’édition du 14.09.08