AFP - Kaboul, 3 nov 2007
La traduction du Coran en langue dari par un haut fonctionnaire du gouvernement a provoqué une tempête au Parlement et parmi de hauts dirigeants religieux d’Afghanistan, ont déclaré samedi à l’AFP des élus.
Certains députés et sénateurs ont interdit à l’auteur de la traduction, Mohammad Ghaws Zalmai [1] un ancien journaliste [2] devenu porte-parole du procureur général afghan, de quitter le pays pour mauvaise interprétation du livre saint.
"Il y a des complots depuis des années pour créer des divisions entre les musulmans. Cette traduction et cette distorsion du Coran par Ghaws Zalmai est une nouvelle tentative", a affirmé le président du Sénat, Sebghatullah Mujadadi.
Une commission religieuse a été créée samedi pour étudier cette traduction et doit présenter un rapport pour la prochaine réunion du parlement, a déclaré à l’AFP le sénateur Zalmai.
La traduction en dari, langue soeur du persan et une des deux principales parlées en Afghanistan avec le pachtou, ne comporte aucun verset en arabe. Elle donnerait une mauvaise interprétation de nombre de questions, dont l’homosexualité et la lapidation pour adultère.
Interrogé au téléphone par l’AFP, Zalmai a déclaré s’abstenir pour l’instant de commentaire et affirmé qu’il n’irait nulle part tant que ce problème ne sera pas résolu.
Le parlement afghan s’était récemment illustré par des déclarations enflammées contre l’invitation d’un diplomate israélien à l’ambassade afghane de Berlin, qualifiée par le ministère des Affaires étrangères d’erreur technique. Il avait aussi condamné les Américains pour des ballons décorés de drapeaux donnés à des enfants, parce qu’il y en avait un de l’Arabie saoudite sur lequel sont inscrits des versets du Coran.
"Lâcher ces ballons de football, inviter un Israélien à l’ambassade d’Afghanistan et cette traduction du Coran sont des complots destinés à créer la division entre les communautés musulmanes", a déclaré le sénateur Zalami.
Un de ses collègues, Afzal Ahmadi, a accusé les juifs de comploter et les quelque 55.000 militaires des forces étrangères présents dans le pays de renforcer l’opposition au gouvernement, de tuer des civils et de provoquer des divisions religieuses.
A l’assemblée nationale, deux anciens dirigeants des moudjahedines, Burhanudin Rabani et Abdulrab Rasoul Sayaf, ainsi que d’autres députés ont appelé à déférer Ghaws Zalmai devant la justice.
Le parlement s’était déjà illustré l’an dernier par un appel à l’exécution d’un Afghan qui avait embrassé le christianisme. Celui-ci avait pu quitter le pays et obtenir l’asile en Italie.
[1] (ndt) Rectificatif : C’est en réalité un Afghan résidant aux États-Unis - Bakhtiar Nejad - qui a réalisé cette traduction avec l’aval d’un mollah d’une mosquée de Kaboul - Qari Mushtaq Ahmad -, qui a depuis déclaré avoir fait une erreur. Mohamad G. Zllmai semble avoir plutôt joué un rôle d’intermédiaire (publication & diffusion).
[2] Suite à l’expulsion de journalistes de l’enceinte du Parlement, Zalmai avait initié en novembre 2006 un mouvement de boycott de la Wolesi Jirga qui avait duré une semaine.