Le Temps.ch - 27 juillet 2010
Mehdi Atmani
Le site qui a publié dimanche plus de 90 000 rapports confidentiels sur la guerre en Afghanistan bénéficie d’une incroyable force de frappe
La plate-forme web d’information Wikileaks est une nouvelle fois au centre de l’attention en publiant dimanche sur son site plus de 90 000 rapports confidentiels, de militaires américains racontant l’enfer de la guerre en Afghanistan.
Spécialisé dans la publication de scoops, le site n’en est pas à son coup d’essai. En avril dernier, il avait déjà publié une vidéo accablante d’un massacre de civils perpétré en 2007 par l’armée américaine en Irak. A sa création en décembre 2006, Wikileaks a pour ambition de s’imposer sur le Net comme un refuge mondial des whistleblowers (ceux qui au sein de sociétés ou d’organisations dénoncent les scandales de celles-ci). Des citoyens anonymes en possession de documents confidentiels dénonçant des cas de corruption, de malversations ou de bavures militaires. En quatre ans, le site aurait reçu plusieurs milliers de fichiers, images et vidéos controversés.
Confidentialité
Derrière cette plate-forme web ultra-secrète se cachent cinq personnes dont l’une d’entre elles, Julian Assange, un ancien hacker et informaticien australien de 39 ans, a décidé de devenir porte-parole de l’organisation. « C’est le rôle du journalisme de s’en prendre aux puissants et lorsqu’ils sont mis au défi, il y a toujours des réactions », se défend-il dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian.
Le site accepte uniquement les documents « classés, censurés ou confidentiels », mais aucun matériel qui pourrait déjà être à la portée du public. Le site web ne collecte aucune donnée personnelle sur ses contributeurs. Pour garantir l’authenticité des documents et la confidentialité de ses sources, Wikileaks stocke tous ses documents sur plusieurs serveurs basés en Suède et en Belgique, où les législations sur la liberté de la presse garantissent une protection totale des sources. Les fichiers terminent leur périple dans un troisième pays tenu secret. C’est là qu’ils seront décryptés puis publiés. Grâce à l’utilisation d’un réseau planétaire de serveurs relais anonymes, Wikileaks brouille les pistes.
Aujourd’hui, le réseau fonctionne grâce à 8 000 techniciens et journalistes. Mais, en 2008, l’armée américaine enquête et produit un rapport préconisant d’entraver le fonctionnement du site et de pourchasser ses contributeurs au sein de l’administration. Le 11 juin dernier, les autorités américaines ont fait savoir qu’elles recherchaient Julian Assange, qui séjourne fréquemment aux Etats-Unis.